NOTIONS DE SCIENCE DU HADITH [1]




A-TERMINOLOGIE CLASSIQUE


I- La Sunna : السنة


1- Étymologie coranique: le mot Sunna a été employé par les Arabes avant l'islam dans le sens de conduite (sîrah) ou méthode (tarîqa), elle est définie également comme étant la voie suivie. Le Coran emploie le mot Sunna pour désigner des sens et des concepts particuliers. Comme celui qui figure dans les versets suivants:

ما كان على النبي من حرج فيما فرض الله له سنة الله في الذين خلوا من قبل وكان أمر الله قدرا مقدورا

« Nul grief à faire au Prophète en ce qu'Allah lui a imposé, conformément aux lois d'Allah (Sunna d'Allah) établies pour ceux qui vécurent antérieurement. Le commandement d'Allah est un décret inéluctable ». Coran 33:38

سنة الله في الذين خلوا من قبل ولن تجد لسنة الله تبديلا

« Telles était la loi établie par Allah envers ceux qui ont vécu auparavant et tu ne trouveras pas de changement dans la loi (Sunna d'Allah) ».Coran 3:62

L’usage coranique emploie le mot Sunna, suivi du complément de nom "Allah" {la Sunna d'Allah} au sens de "Loi sociale ou naturelle" selon le cas, la loi selon laquelle chemine le mouvement de la société ainsi que les événements naturels ou de la vie humaine. Le Prophète (paix sur lui) l'a employé pour désigner sa ligne de conduite.

L’emploi courant et fréquent de l'expression "la Sunna du Prophète", le mot "Sunna" tout court finit par devenir synonyme de cette dernière expression et, désormais, qui dit Sunna entend la Sunna du Prophète. C'est dire que la signification linguistique ou étymologique du mot a cédé la place au terme technique islamique. Pour désigner chez les savants du hadith: « tout ce qui est rapporté du Prophète comme parole, acte ou consentement ».

Cependant il faut souligner deux points très importants :

—Qu’il n’est pas fait mention d'une Sunna du prophète dans le Coran.

—Et que le prophète de son vivant n’a pas donné de définition à sa Sunna sa conduite au sens général.


2- Étymologie des  savants (Oulémas)

Les définitions ci-dessous n’ont été adoptées que tardivement par les savants à savoir :

—Selon les savants du [Ussûl al-Fiqh= fondements de la jurisprudence]: Toute parole, acte, ou consentement rapportés de manière sûre du Prophète pouvant constituer une source de législation.

—Selon ceux de la jurisprudence [al-Fiqh]: Tout ce qui est rapporté de manière sûre du Prophète sans que ce soit une obligation.

—Et pour les savants du Hadith: Tout ce qui est rapporté du Prophète comme parole, acte ou consentement.

Noter bien qu’a une certaine époque il existait une nette distinction entre les spécialistes de la Sunna et ceux du Hadith au point que les savants ont été qualifiés selon leur champs de compétence, selon les cas comme: soit Imam de Sunna ou Imam de Hadith [إمام في الحديث ] # [إمام في السنة]

C’est pour cette raison, la Médina (المدينة) a été appelée la demeure de la Sunna (دار السنة) du fait que ces habitants veillaient bien à préserver la Sunna pratique du Prophète (paix sur lui). Parmi eux on peut citer, le premier ayant fondé une école de jurisprudence (Fiqh) étant l’imam Malik Ibn Anas s’est basé sur la pratique des gens de Médine


II-Le Hadith : الحديث


1- Étymologie coranique

تِلْكَ آيَاتُ اللَّهِ نَتْلُوهَا عَلَيْكَ بِالْحَقِّ فَبِأَيِّ حَدِيثٍ بَعْدَ اللَّهِ وَآيَاتِهِ يُؤْمِنُونَ

« Voilà les versets d'Allah que Nous te récitons en toute vérité. Alors dans quelle parole (Hadith) croiront-ils après [la parole] d'Allah et après Ses signes ? ».Coran 45:6

لَقَدْ كَانَ فِي قَصَصِهِمْ عِبْرَةٌ لأُوْلِي الأَلْبَابِ مَا كَانَ حَدِيثاً يُفْتَرَى وَلَكِنْ تَصْدِيقَ الَّذِي بَيْنَ يَدَيْهِ وَتَفْصِيلَ كُلِّ شَيْءٍ وَهُدًى وَرَحْمَةً لِقَوْمٍ يُؤْمِنُونَ

« Dans leurs récits il y a certes une leçon pour les gens doués d'intelligence. Ce n'est point là un Hadith fabriqué. C'est au contraire la confirmation de ce qui existait déjà avant lui, un exposé détaillé de toute chose, un guide et une miséricorde pour des gens qui croient ». Coran12:111

Les versets ci-dessus font clairement mention que le Hadith n’est autre que la parole d’Allah .


2- Étymologie des savants

—Au sens propre : synonyme de « Kalam = paroles » mais aussi « jadîd » au sens de nouveau. Son pluriel est « Ahâdîths » = Narrations ou récits.

—Au sens terminologique : ce qui est rapporté du Prophète comme paroles, actions, acquiescements ou caractéristiques.



III-L ‘information traditionnelle - الخبر

—Sens propre : l'information, au pluriel : "akhbâr"

—Sens terminologique. Il y a deux avis :

  1-Il a le même sens que le hadith, c'est-à-dire qu'il a le même sens terminologique.

  2-Il lui est différent, dabs ce cas le khabar est ce qui provient des compagnons.


IV-L'information traditionnelle au sens large - الاثر

—Sens propre : "athâr" signifie ce qui reste de la chose.

—Sens terminologique : il y a deux avis :

  1-même sens terminologique que le hadith.

  2-différent de lui : c'est ce qui est rapporté des compagnons et des Suivants [tâbi'în], comme paroles ou actes.


V-La chaîne des transmetteurs ou de garants - الإسناد

C'est imputer le hadith à son locuteur, en relatant la succession des transmetteurs,en cela, il a le même sens que "sanad".

L'énoncé du hadith - المتن

—Sens propre : lieu quelconque de la terre, dur et élevé.

—Sens terminologique : l'énoncé des termes de l'information traditionnelle, à la suite de la chaîne des transmetteurs.


VI-Science de la critique du hadîth الجرح التعديل

Science qui permet de vérifier l'authenticité d'un hadith donné avec précision des qualités de chaque narrateur et leur capital en termes de confiance, mémoire, savoir et honnêteté


B-QUELQUES NOTIONS DE BASES



1-Le hadith concordant/Consécutif dit « Mutawatir » (متواتر) : c’est tout hadith qui se rapporte à des faits réels (et non pas à des concepts) transmis par une multitude de rapporteurs de manière qui impose à la raison d’exclure toute possibilité de concertation pour forger les faits relatés, cette condition est exigée dans chaque génération depuis la source jusqu’au collecteur qui la transcrit dans un recueil de tradition. Le nombre minimal de rapporteurs exigé qui permet– habituellement– à la raison d’acquérir cette certitude ne fait pas l’unanimité parmi les savants. Il existe un consensus parmi les experts [du monde musulman] que ce genre de tradition, qui signalons-le, est assez rare (5 à 10 %), constitue une source d’information d’authenticité absolue et doit être considérée comme une source historique.

Le Hadith concordant lui aussi est subdivisé par les théologiens en deux types:


--Le concordant textuel = Mutawatir lafdhy (لفضي) : propos transmis texto mot à mot, très rare, comme celui où le prophète déclare: «  celui qui ment à mon sujet –sciemment– qu’il réserve sa place en enfer ».


--Le concordant non textuel = Mutawatir Ma'nawy (معنوى): transmission uniquement du sens des paroles, donc le doute persiste non pas par rapport à son authenticité, mais par rapport à son contenu en raison de la possibilité d'interprétation par les rapporteurs qui peuvent changer son contenu réel. Il est à noter que les savants divergent énormément sur le  nombre exigé de rapporteurs pour définir le seuil à partir duquel on qualifié le Hadith de « Mutawatir ».


2-Le hadith non concordant ou Ahad (احاد) : ce qui ne remplit pas les conditions du hadith concordant parce qu'il est transmis par un nombre restreint de rapporteur qui ne saurait être, une garantie de certitude car ce petit nombre n’exclut pas la possibilité de concertation pour inventer le récit pour différentes raisons. La quasi-majorité des traditionalistes sont d’avis que la tradition « Ahad » ne permet pas de savoir avec certitude que l’information transmise remonte réellement à la source. Autrement dit, qu’elle est sujette en tout ou en partie, aux déformations inhérentes à la transmission orale [l’amputation, l’interpolation, la déformation du contenu et même la forgerie pure et simple]. À noter que statistiquement parlant, les traditions dites « Ahad » représentent la grande part (90 à 95 %) des récits colligés par les traditionalistes.

Le hadith unique (Wahed) peut être : Répandu/Mustafidh, Notoire/Mashur, Précieux/Aziz ou Etrange/Gharib (cf. Shéma ci-dessous)


N.B : dans les deux cas de figure du hadith (Mutawatir ou Ahad), la réalité que la transmission entre le prophète paix sur lui et la première couche de rapporteurs (compagnons) n’est que déclarative. En effet, aucun moyen nous nous permet de savoir si tous les compagnons ont réellement écouté le prophète directement ou par l’intermédiaire d’autres compagnons. Devant cette difficulté les fondateurs de la science du hadith ont accepté l’attribution des compagnons (إرسال الصحابي).


3-Le statut du hadith non concordant dit « Ahad » n’indique pas la certitude

Le hadith Ahad  est celui qui ne remplit pas les conditions du hadith notoire. Selon la grande majorité des spécialistes, il n’indique en aucune manière la certitude absolue pour les raisons suivantes :

-Parce qu’il est transmis selon le sens (بالمعنى) d’après la quasi-majorité des savants du hadith hormis les littéralistes parmi les savants de l’école hanbalite, cela est attesté par l’existence de plusieurs versions (variantes) d’un seul hadith.

-Par ce que la loi de la transmission orale implique de facto : des rajouts ou interpolations (إدراج), des soustractions (بتر) et des déformations تغيير الصيغة اللفظية)) selon la transmission par le sens (بالمعنى) comme vu ci-haut.

-En raison de l’attribution des compagnons de leurs propres compréhensions des sentences du prophète paix sur lui, sans déclarer à chaque fois le fait d’avoir entendu les paroles de la bouche même de l’apôtre de Dieu, les savants du hadith ne tiennent pas rigueur quand il s’agit des compagnons dans leurs attribution au prophète « Irsal » (إرسال الصحابة).

-De la même manière, les savants du hadith n’ont pas cherché à vérifier la fiabilité de la mémoire des compagnons (الضبط). Ils ont décrété qu’ils sont tous pieux et fiables (عدول) ce qui peut être considéré comme vrai dans le sunnisme, par contre cette piété ne garantit en rien, la fiabilité de leur mémorisation et c’est là le problème.


[1] Science du Hadith: nous utilisons cette terminologie dans le sens de science traditionnelle suivant l’usage fait par les traditionalistes et non pas au sens moderne, il s’agit plus une méthode d’authentification que d’une véritable science



N.B : dans cette classification publiée sur plusieurs sites internet[*] , il manque, le hadith « irrégulier » ou « Schâdh » celui qui contredit un hadith plus fort et à plus forte raison celui contredit le Coran.
[*]  http://www.3ilmchar3i.net/article-26923206.html  



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