L’HISTORICITÉ DE MUHAMMAD

Introduction

L’école hypercritique a franchi ces dernières années un pas supplémentaire dans son entreprise déconstructiviste des débuts de l’islam. L’on est même arrivé à faire douter de l’existence historique de Muhammad. C’est un peu à l’image de la critique radicale qu’a connue le christianisme par la négation de l’historicité de Jésus. L’argument principal utilisé est l’évidence de l’absence. Il consiste à affirmer qu’il existe un silence absolu sur l'existence de Muhammad durant les 50 premières années après son présumé décès en 632. Nous verrons plus bas, que ce silence n'est pas si absolu que ça..


En effet, la première mention indiscutable de Muhammad _étant gravée sur le métal_ ne date pas d’avant l’époque d'Abdellah Ibn al-Zubayr, qui a frappé une monnaie portant son épithète en l’an 685-686 de notre ère. Il était l'opposant au Calife Ummayad d'Abdel Malik B.Marwan


Les autres mentions sont sujet à discussion selon l'orientation des chercheurs( hypercritiques ou non), les plus anciennes seraient celles du Dôme du Rocher, sous Abdel Malik Ibn Marwan, perçu dans certains cercles académiques, comme étant le véritable fondateur de l’islam, en tant que religion organisée.


Parmi les islamologues de cette tendance hypercritique, on peut citer à titre d’exemple: Yehuda D.Nevo (Israël), Robert Spencer, Ibn Warraq (USA), Luxenberg, Manfred Cropp, Volker Popp, Karle-Heinz Ohlig, Robert Keer et Sven Kalisch (Institut INRARAH - Allemagne), Lagartampes (France).

Notre approche historique 

 L’approche historique positiviste repose sur ce qui est objectivable et démontré et non pas uniquement sur ce qui est plausible même s’il doit rentrer en ligne de compte de l’analyse et l’interprétation des faits avérés. L’historien construit des hypothèses d'après les éléments matériels quitte à le revoir par la suite avec les nouvelles découvertes. Autrement dit, ce qui est transmis par la tradition reste du domaine du possible, du plausible et il ne s’avérera factuel qu'après confirmation matérielle.


La méthode que nous adoptons en matière de recherche historiquerepose sur 5 niveaux de preuve selon l’hiérarchie suivante:


1-Les traces matérielles: numismatique, vestiges archéologiques, inscriptions épigraphiques et écrits papyrologiques (après avoir écarter la contrefaçon).


2-Les témoignages contemporains des faits étudiés: ces témoignages auront plus du poids s’ils sont de provenance multiple et attestés par des sources externes à la tradition/civilisation étudiée.


3-Les sources écrites lointaines de l’époque et/ou des lieux étudiés: ces sources doivent être confrontés aux critères précédents (numismatique/archéologie/épigraphie/papyrologie /sources externes).


4-Les sources anciennes incluses dans des écrits tardifs.


5-Les écrits tardifs issus de la tradition orale.


Donc l’oralité est peut être un paramètre à prendre en considération pour l’étude de certaines traditions/civilisations mais comme il n’a pas de contours fixes, ni une méthode infaillible pour attester son caractère très ancien, il est relégué à la dernière place au niveau cette hiérarchie.


L’on peut contester cette façon de procéder, comme le font souvent les traditionalistes musulmans dont le dogme principal repose  sur l'importance de la transmission orale. Il faut savoir que pour le moment, les productions académiques en faveur de l’oralité sont bien plus faibles pour renverser cette tendance positiviste. C’est pour cette raison, que des fois, nous avons l’impression d’assister à un dialogue de sourds, entre académiciens occidentaux et chercheurs musulmans y compris ceux présentent des thèses de doctorat dans des universités islamiques.


Échantillon de témoignages externes sur Muhammad(s)



Doctrina Jacobi (633-640 ère chrétienne/EC) 

«  […] Ioustos prend la parole et dit : ce que tu dis est vrai, et cela est le grand salut: Croire dans le Christ. Car je vais te confesser toute la vérité Rabbi Jacob. Mon frère Abraam m'a écrit qu'un faux prophète est apparu parmi les Sarrasins. Lorsque le Candidat fut tué par les Sarrasins (vers 633) j'étais a Césarée, me dit Abraam, et j`allai en bateau à Sykamina; on disait : Le Candidat a été tué ! Et nous, les juifs nous étions dans une grande joie. On disait que le prophète était apparu parmi les Sarrasins, et qu'il proclamait l'arrivée du Messie-Oint qui allait venir. Et moi Abraam, étant arrivée à Sykamina, je m'arrêtai chez un des anciens, très versé dans l'Écriture et je lui dis : Que me dis-tu du prophète qui est apparu avec les Sarrasins ? Et il me répond en gémissant profondément : C`est un faux prophète: les prophètes viennent-ils avec des armes ? Vraiment les évènements de ces derniers temps sont des œuvres de désordres, et je crains que le premier Christ qui est venu est celui qu'adorent les chrétiens, ne soit bien envoyé de Dieu, tandis que nous nous apprêtions à recevoir Hermolaos (l'anti christ) a la place. Isaïe disait en effet que les juifs auraient un coeur perverti et endurci jusqu'à ce que toute la terre soit dévastée. Mais va rabbi Abraam et renseigne-toi sur ce prophète qui est apparu. Et moi Abraam, ayant poussé l'enquête, j'appris, de ceux qui ont été avec lui qu'on ne trouve rien d'authentique dans ce prétendu prophète : il n'est question que de massacres. Il dit qu'il détient les clés du paradis, ce qui est incroyable. Voilà ce que m'a écrit mon frère Abraam d'Orient […] ».


Notre commentaire: ce témoignage est capital en dépit de certains critiques émises faisant douter de sa fiabilité historique. Il cite une lettre qui aurait été récemment reçue « de l'Est », le sujet porte sur une conversation entre les juifs de Carthages, qui ont entendu parler d'un prophète qui serait apparu parmi les Sarrasins/Saracènes (sans citer son nom), il aurait annoncé l'arrivée du Christ/Oint.  Ce qui nous intéresse est cette mention : « apparition d’un prophète parmi les Sarrasins » même s’il était qualifié de "faux" prophète en raison de son usage des armes. Ce texte rédigé entre 634 et 640, laisse entendre que le « prophète des Sarrasins » est toujours vivant et nous verrons qu’il se recoupe avec les témoignages évoquant sa présence durant des compagnes militaires à Gaza par exemple e ce après la date présumée de sa mort en 632 de notre ère.


Chronique de Thomas le Presbyte (634 EC)

« […] Dans l’année 945, indiction 7 (l'an 634 du calendrier actuel), le vendredi 4 février, il y a eu une bataille entre les Romains et les Tayyayés de MHMD (Muhammad) en Palestine, à 12 miles à l’Est de Gaza. Les Romains ont fui, laissant derrière eux le patriarche Bryrdn, que les Tayyayé ont tué. Quelques 4000 pauvres villageois de Palestine ont été tués là, chrétiens, juifs, samaritains. Les Tayyayés ont ravagé la région entière […] ». 


Notre commentaire : 

Les Tayyayés un terme qui désigne selon la plupart des historiens, les Arabes mais nous pensons aux Arabes d’al-Hira en particulier pour des raisons que nous développons plus tard dans un article consacré à l’importance d’al-Hira dans les débuts de l’islam. Le texte évoque de la conquête de la Palestine réputée être sous le règne d'Umar ibn al-Khattâb selon le récit traditionnel.

La Doctrina Jacobi et cet écrit contemporain de Muhmmad en plus des manuscrits du Coran découverts à Sana'a remontant à la première moitié du premier siècle hégirien témoignent de l'historicité certaine de Muhammad, sauf pour les hypercritiques radicaux qui ne manquerons pas de leur trouver des failles pour faire douter de leur fiabilité historique.


Fragment on the Arab Conquests (post-636 EC)

« […] En Janvier {les gens de} Homs ont pris la parole pour leur vie et de nombreux villages ont été ravagés par le meurtre de { ܛܝ̈ܝܐ } Tayyayés de Muhammad [ܡܘܚܡܕ ] et beaucoup de gens ont été tués et {pris} prisonnier depuis la Galilée jusqu'à Beth. . . . Sur le vin{gt-}six mai la SAQ {ila} {. . .} poursuivirent cela dans le voisinage de Homs et les Romains {. . .}. Le dixième {d’Août} les Romains ont fui les environs de Damas {et ils ont été tués} par {de nombreuses personnes}, environs une dizaine de milliers. Et à la fin de l’ {année}, les Romains sont venus. Sur le vingtième d'Août de l'année neuf-cent qu{arante} sept (636 du calendrier actuel) ils se sont confrontés là en Gabitha {face à une multitude} de Romains, et beaucoup de gens {R}omains ont été tu{és}, quel{ques}cinquante mille […] »  


Notre commentaire: il s’agit d’une note conservée sur le folio n°1 de British Library Add. 14,461, un codex contenant l'Évangile selon Matthieu et l'Évangile selon Marc. Cette note semble avoir été rédigée peu après la bataille de Gabitha au cours de laquelle les Arabes ont infligé une défaite écrasante aux Byzantins en l’an 636 de notre ère. Voici le texte du témoignage presque contemporain confirmé[1] par Nöledek [2] (Photo d’entête) :  où il est question de la mention de Muhammad datant de 15 hégirien Dans l’ADD MS 14461 © Christian Duffy, British Library – Manuscript Conservation Department


Sophrone/Sophronius Patriarche de Jérusalem (560-638 EC)

« […] Les infidèles Sarrasins sont entrés dans la cité de notre seigneur le Christ, Jérusalem, avec la permission de Dieu et comme punition pour notre immense négligence, et aussitôt en courant ils arrivèrent au lieu appelé Capitole. Et prirent avec eux des hommes, certains par la force, d'autres de leur plein gré, afin de nettoyer ce lieu et y édifier cette maudite chose, destinée à leur prière qu'ils appellent midzgitha (mosquée) […]». 


Notre commentaire : ce témoignage parle également de l’entrée des Sarrasins à Jérusalem, qu’ils ont nettoyé le mont du Temple des détritus laissés par les chrétiens pour y construire un lieu de prière.


La tradition musulmane rapporte que c’est Sophrone était le patriarche de la ville d’Ilya Capitolina (Jérusalem) qui a donné les clés de Jérusalem à Umar Ier lors de la prise de la ville par les premiers musulmans [Sarrasins/Tayyayés]. Le nettoyage de la poubelle à ciel ouvert au mont du temple a été l’ouvre des chrétiens en représailles à l’aide qu’a fournie les Juifs aux Perses Sassanides qui ont attaqués Jérusalem auparavant, ce détail concernant la souillure du mont temple est rapportée également par les chroniqueurs musulmans, tel que Tabari.


Ecrit pseuo-épigraphique attribué à l’évêque Sébéos (660 EC)

<< [...] A cette époque, des juifs des douze tribus se rassemblèrent dans la ville des Edesseniens (Edesse) [ ...] prirent le chemin du désert et arrivèrent en Arabie chez les enfants d’Ismaël, ils les appelèrent à leur secours et leur firent savoir qu'ils étaient parents d'après la bible[...]. A cette époque il y avait un des enfants d’Ismaël du nom de MHMT, un marchand, il se présenta à eux comme sur l'ordre de Dieu, en prédicateur sur le chemin de la vérité et leur apprit à connaitre le Dieu d'Abraham; car il était très instruit et versé dans la l'histoire de Moïse. Comme l'ordre venait d'en haut, ils se rallièrent tous (à lui) sous l'autorité d'un seul(homme), à l'unité de la loi et abandonnant les cultes de vanités(idoles) et retournèrent au Dieu vivant qui s'était révélé à leur père( commun) Abraham.


MHMD leur prescrivait de ne manger aucun animal mort, de ne pas boire du vin, de ne pas mentir et de ne pas forniquer. Il ajoutait "... Dieu a promis par serment que ce pays est à Abraham et à sa postérité après lui de toute éternité, il a agit selon sa promesse, lorsqu'il aimait Israël..."


Alors ils se rassemblèrent tous (juifs et ismaélites), depuis Ewiwalay {Aila ?} jusqu’à Sur {Seir ?} et en face de l'Egypte, il sortirent du désert de Pharan [...]

Ils se rendirent à Eraboth Moab dans le territoire de Ruben ...car l'armée des Grecs(Byzantins) compait en Arabie. Ils (la coalition) les attaquèrent à l'improviste, les passèrent au fil de l'épée et mirent en fuite Théodo[ros] le frère de l’empereur Héraclius et revinrent camper en Arabie.


Tout ce qui restait des peuples d'enfants d’Israël vint s'unir à eux et ils formèrent une grande armé...ils envoyèrent une ambassade à l’empereur des Grecs disant : "Dieu a donné en héritage ce pays à notre Père Abraham et à sa postérité, nous sommes les enfants d'Abraham, tu as assez possédé notre pays, cède-le-nous pacifiquement et nous n'envahirons pas ton territoire, si non nous te reprendrons avec usure ce dont tu t'es emparé " 

L’empereur refusa et sans leur donner de réponse satisfaisante, disant : " ce pays est à mois, on héritage c'est le désert, va donc en paix dans ton pays " . FIN de l'extrait du témoignage ( il est disponible dans son intégralité sur le site remarcle.org).


Notre commentaire sur le pseudo-sébéos:

Il ressort de ce témoignage l'existence d'une coalition judéo-arabe sous l'autorité de Muhammad dont l'objectif était de récupérer la terre qu'a laissé Abraham en héritage à ses enfants (Israël et Ismaël), ceci s'est terminé par la constitution d'une grande armée qui a mené une guerre (de libération) contre l'occupant byzantin sous Héraclius. D'ailleurs Theodoros, le frère de l'empereur a réussi à s'enfuir de justesse de l’embuscade préparée par la coalition contre les romains, évitant ainsi une mort certaine comme en témoigne d'autres sources historiques (ce qui donne une certaine crédibilité au témoignage du pseudo Sébéos).

Le texte reprend aussi des informations sur Muhammad comme  étant venu sur l'ordre de Dieu et que les juifs on cru en sa prophétie comme étant annonceur de la  venu du Messie libérateur ( à moins qu'il soit vu comme un Messie lui-même à l'instar Bar-Khoshiba ). Cette convection procède de sa parfaite connaissance des écritures étant très bien versé dans l'histoire de Moïse


Chronique de Khuzistan (660 EC)

« […] Sous Yazdagird commença la fin du règne des Perses. Dieu envoya contre eux l'assaut des Fils d'Ismaël, lesquels étaient aussi nombreux que les sables au bord de la mer. Celui qui leur guide (mdabbrana) était MHMD (Muhammad). Ce qui est de la coupole d'Abraham, nous ne l'avons pas trouvé, mais nous savons que le bienheureux Abraham, riche et voulant s'éloigner de la convoitise des Cananéens, préféra habiter dans des lieux écartés et largement ouverts du désert ; et, comme il convient aux habitants des tentes, il construisit ce lieu pour adorer Dieu et lui offrir des sacrifices [...]» 

"[...] Car les Arabes ne font rien, lorsqu'ils adorent Dieu à cet endroit{lieu de culte}, que de continuer l'antique usage, comme il convient à des gens d'honorer l'ancêtre de leur race. Hasor, que l’Écriture appelle la tête des royaumes, appartient aux Arabes : on l'appelle Médine, du nom de Mydian, le quatrième fils d'Abraham, on l'appelle aussi Yathrib […]».


Notre commentaire: nous avons ici une mention explicite de Muhammad guidant les fils d’Ismaël qui étaient aussi nombreux que les sables du bord de la mer. Il est question d'Abraham et de sa coupole (sa dôme), de Yathrib qui serait en lien avec la 4è fils d'Abraham...


Théophane le Confesseur (760-817 EC)

« […] En cette année mourut MHMD, le chef et le faux prophète des Sarrasins, après avoir nommé son compagnon Aboubacharos (à sa chefferie). Dans le même temps, sa renommée se répandit et tout le monde avait peur. Au début de son avènement les Juifs égarés pensaient qu'il était le Messie attendu d'eux, de sorte que certains de leurs dirigeants se joignirent à lui et aient accepté sa religion tout en abandonnant celle de Moïse, qui a vu Dieu. Ceux qui l'ont fait étaient au nombre de dix, et ils sont restés avec lui jusqu'à sa mort.

Mais quand ils l'ont vu manger de la viande de chameau, ils ont réalisé qu'il n'était pas celui qu'ils pensaient être et étaient perdus sur ce qu'il fallait faire; ayant peur d'abjurer sa religion, ces misérables lui ont appris des choses illicites dirigées contre nous les chrétiens, et sont restés avec lui.


—Je considère qu'il est nécessaire de rendre compte de l'origine de cet homme. Il était issu d'une tribu très répandue, issue d'Ismaël, fils d'Abraham ; pour Nizaros, descendant d'Ismaël, il est reconnu comme le père de tous. Il engendra deux fils, Moudaros et Rabias. Moudaros engendré Kourasos, Kaisos, Themimes, Asados, et d'autres inconnus. Tous habitant dans le désert de Madian et gardant le bétail, vivant dans des tentes. Il y a aussi ceux plus éloignés qui ne sont pas de leur tribu, mais de celle de lektan, la soi-disant Amanites, c'est Homérites. Et certains d'entre eux ont commercé sur leurs chameaux.

—Homme pauvre et orphelin, le MHMD précité a décidé d'entrer au service d'une femme riche qui était un parent à lui, appelée Khadija, comme un travailleur engagé en vue de la négociation à dos de chameau en Egypte et en Palestine. Peu à peu il est devenu plus audacieux et acquis les bonnes grâces de cette femme, qui était veuve, et l'a pris comme épouse, et pris possession de ses chameaux et de son fond.

—Chaque fois qu'il est venu en Palestine il fréquentait des Juifs et chrétiens et leur posait certaines questions scripturaires.

—Il a également été atteint d'épilepsie.

—Quand sa femme a pris conscience de cela, elle était dans une grande détresse, dans la mesure où elle, une femme noble, avait épousé un homme comme lui, qui n'était pas seulement pauvre, mais aussi épileptique. Il essaya de la tromper et de l'apaiser en disant : ''Je n'arrête pas de voir une vision d'un certain ange appelé Gabriel, et étant incapable de supporter la vue, je m'évanouis et tombe''. Tandis qu'elle connaissait un moine, un ami [qui avait été exilé pour sa doctrine hérétique], et elle lui raconta tout, y compris le nom de l'ange. Souhaitant la satisfaire, il lui dit : ''Il a dit la vérité, car c'est l'ange qui est envoyé à tous les prophètes''.

— Quand elle a entendu les paroles du faux moine, elle fut la première à croire en MHMD et proclamé à d'autres femmes de sa tribu qu'il était un prophète. Ainsi, le rapport propagation des femmes aux hommes, et d'abord à Aboubacharos (Abu Bakr), qu'il laissa comme son successeur. Cette hérésie a prévalu dans la région de Ethribos (Yathrib), en dernier ressort par la guerre: d'abord en secret pendant dix ans, et ouvertement par la guerre les dix autres années. Il a enseigné à ses fidèles que celui qui tue un ennemi ou est tué par un ennemi va au Paradis ; et il a dit que ce paradis était l'un de manger la chair et boire et des rapports avec les femmes, et avait des rivières de vin, de miel et de lait, et que les femmes ne sont pas comme celles d'ici-bas, mais jeunes, et que les rapports était de longue durée et le plaisir continu ; et d'autres choses pleines de débauche et de la bêtise ; également que les hommes devraient ressentir de la sympathie pour l'autre et aider ceux qui sont lésés […] ».


Notre commentaire

Ce témoignage reprend à peu près les mêmes informations précédentes en plus quelques précisions :

-Que MHMD était le chef des Sarracènes,

-Qu’il a laissé un successeur nomé Aboubachros (Abu bakr)

-Que les juifs pensaient qu’il était le Messie attendu, qu’ils étaient au nombre de 10 personnes

-Qu’il était issu de la lignée d’Ismaël qui résidait dans le désert de Madian

-Qu’il a épousé une riche commerçante nommée Khadija

- Qu’il aurait rencontré des juifs et chrétiens (dont un moine hérétique) en Palestine et leur posait des questions scripturaires

-Qu’il était épileptique

-Que son hérésie s’est propagée en dernier ressort par la guerre pendant 10 ans à partir d’Ethribos (Yathrib) après une phase de 10 ans en secret (sans préciser où).


Jean Damascène (675-749)

"Il y a aussi la religion des Ismaélites qui domine encore de nos jours, égare les peuples, et annonce la venue de l’antéchrist. Elle tire son origine d’Ismaël, le fils d’Abraham et d’Agar. Pour cette raison on les nomme Agarènes et Ismaélites ; on les appelle aussi Sarrasins, ce qui signifie dépouillé par Sara. Agar répondit, en effet, à l’Ange : Sara m’a renvoyée dépouillée. Ils étaient donc idolâtres et adoraient l’Etoile du Matin et Aphrodite, qu’ils ont appelée précisément Kaba[r]{ Kaaba ?} dans leur langue, ce qui veut dire grand. 

Donc, jusqu’à l’époque d’Héraclius, ils ont ouvertement pratiqué l’idolâtrie. A partir de cette époque et jusqu’à nos jours ; un faux prophète, du nom de MHMD, s’est levé parmi eux, qui, après avoir pris connaissance, par hasard, de l’Ancien et du Nouveau Testament, et de même, fréquenté vraisemblablement un moine arien, fonda sa propre hérésie.

Après s’être conciliée la faveur du peuple en simulant la piété, il insinue qu’une Ecriture venue du ciel lui a été révélée par Dieu. Ayant rédigé dans son livre quelques doctrines risibles, il leur transmet cette façon d’adorer Dieu. Il dit qu’il y a un seul Dieu, créateur de toutes choses, qu’Il n’a pas été engendré et qu’Il n’a pas engendré. Selon ses dires, le Christ est le Verbe de Dieu et son Esprit, mais il est créé et il est un serviteur ; il est né sans semence de Marie, la soeur de Moïse et d’Aaron.

En effet dit-il, le Verbe et l’Esprit de Dieu sont entré en Marie et ont engendré Jésus, qui fut un prophète et un serviteur de Dieu. Et, selon lui, les juifs, au mépris de la Loi, voulurent le mettre en croix, et, après s’être emparés de lui, ils n’ont crucifié que son ombre. Le Christ lui-même, dit-il, ne subit ni la croix ni la mort. En effet Dieu l’a pris près de lui dans le ciel, parce qu’Il l’aimait. Et il dit également, qu’une fois le Christ monté aux cieux, Dieu l’a interrogé en disant : Jésus ! As-tu dis : je suis le fils de Dieu et Dieu ? Jésus d’après lui, a répondu : Sois miséricordieux envers moi, Seigneur ! Tu sais que je n’ai pas dit cela et que je ne dédaigne d’être ton serviteur. Mais les hommes mauvais ont écrit que j’avais fait cette déclaration ; ils ont menti à mon égard, et ils sont dans l’erreur. Dieu, dit-il, lui a répondu: Je sais que tu n’as pas fait cette déclaration. 

Beaucoup d’autres absurdités dignes de rire sont rapportées dans cet Écrit, et il se vante qu’il est descendu sur lui venant de Dieu. Mais nous disons : Qui témoigne que Dieu lui a donné une Écriture, ou qui, parmi les prophètes, a annoncé qu’un tel prophète devait venir ?

—Nous les mettons dans l’embarras quand nous leur disons : Moïse avait reçu la Loi sur le Sinaï, à la vue de tout le peuple, quand Dieu apparut dans la nuée, le feu, les ténèbres et la tempête ; et tous les prophètes depuis Moïse, ont tour à tour annoncé que le Christ viendra, que le Christ est Dieu et que le fils de Dieu arrivera en prenant chair, sera crucifié, qu’il mourra et ressuscitera, et que c’est lui qui jugera les vivants et les morts.

—Et quand nous disons : Pourquoi votre prophète n’est-il pas venu de la même façon, avec d’autre pour lui porter témoignage, et pourquoi Dieu, qui a donné la Loi à Moïse aux yeux de tout le peuple, sur une montagne fumante, ne lui a-t-Il pas transmis l’Écriture dont vous parlez, en votre présence, pour asseoir votre certitude ? 

—Ils répondent que Dieu fait ce qu’Il veut. Cela, disons-nous, nous le savons bien nous aussi, mais nous demandons comment l’Écriture a été révélée à votre prophète ?

—Ils répondent que c’est dans un état de sommeil que l’Écriture descendait sur lui. Pour nous moquer d’eux nous disons : Puis qu’il reçut l’Écriture pendant son sommeil, sans se rendre compte de cette activité, l’adage populaire lui convient parfaitement- vous me débitez des songes !

—Nous leur demandons à nouveau : Puisque lui – même vous a ordonné, dans votre Écriture, de ne rien faire ou de ne rien recevoir sans témoins, pourquoi ne lui avez-vous pas demandé: Toi le premier, prouve à l’aide de témoins que tu es prophète et que tu es envoyé de Dieu ; et quelle Écriture témoigne en ta faveur ?

—Honteux, ils gardent le silence. Avec raison nous leur disons : puisqu’il ne vous est pas permis d’épouser une femme, ni d’acheter ni d’acquérir sans témoins ; seules donc la foi et l’Écriture vous les acceptez sans un témoin ! Car celui qui vous a transmis cette Écriture ne possède de garantie d’aucun côté, et on ne connaît personne qui ait témoigné en sa faveur par avance. Bien plus, il l’a reçue pendant son sommeil.


Ils nous appellent associateurs parce que— disent-ils— nous introduisons à côté de Dieu un associé lorsque nous disons que le Christ est le fils de Dieu (et Dieu).

Nous leur disons : c’est ce que les prophètes et l’Écriture nous ont transmis. Vous aussi, ainsi que vous l’affirmez, vous acceptez les prophètes. Et si nous disons à tort que le Christ est le fils de Dieu, ce sont eux qui nous l’ont enseigné et qui nous l’ont transmis. Certains d’entre eux disent que nous avons ajouté cela aux prophètes, en les interprétant de façon allégorique, et d’autres que les Hébreux, par haine, nous ont égarés en attribuant ces textes aux prophètes, pour nous perdre. (...) On raconte d’ailleurs que cette pierre est la tête d’Aphrodite, devant laquelle ils se prosternaient et qu’ils appelaient kabar(Kaaba). Et de nos jours encore, la trace d’une effigie apparaît à ceux qui observent minutieusement.


Ce MHMD, comme il a été dit, a composé de nombreux écrits stupides et donné un titre à chacun d’eux. Ainsi l’écrit de la Femme, où il est prescrit clairement à chacun de prendre quatre femmes et mille concubines, si c’est possible, autant que sa main en retient soumises en dehors des quatre femmes ; et il peut répudier une, s’il le veut, et en prendre une autre. Il a établi cette loi pour la raison suivant : MHMD avait un compagnon appelé Zayd. Cet homme avait une belle femme dont MHMD s’éprit. Alors qu’ils étaient assis ensemble, MHMD dit : Ami, Dieu m’a donné l’ordre de prendre ta femme. Zayd répondit : Tu es un envoyé, fais comme Dieu t’a dit, prend ma femme. Ou plus exactement, pour prendre le récit par le commencement, il lui dit : Dieu m’a donné l’ordre que tu répudies ta femme. Celui-ci la répudia. Quelques jours plus tard il dit : Dieu m’a donné l’ordre de la prendre moi-même. Après l’avoir prise et commis l’adultère avec elle, il promulgua cette loi : Que celui qui le désire répudie sa femme. Mais si après l’avoir répudiée, il revient vers elle, qu’un autre l’épouse. Il n’est pas permis, en effet de la prendre si elle n’a pas été épousée par un autre. Et si c’est un frère qui répudie, que son frère l’épouse s’il le désire. Dans le même écrit il donne des recommandations de ce genre : “Laboure la terre que Dieu t’a donnée, et met-y tout ton soin ; fais cela, et de telle façon” – pour ne pas dire comme lui des obscénités. Il y a encore l’Écrit de la chamelle de Dieu. A son sujet il dit qu’une chamelle avait été envoyée par Dieu, qu’elle buvait le fleuve entier et ne pouvait plus passer entre deux montagnes, faute d’espace suffisant. Il y avait, dit-il, un peuple à cet endroit : un jour c’est lui qui buvait l’eau et ensuite, c’était la chamelle. Quand elle buvait l’eau, elle les nourrissait en leur donnant du lait à la place de l’eau. Mais ces hommes qui, dit-il, étaient méchants, se levèrent et tuèrent la chamelle. (...) MHMD dit encore l’Écrit de La Table. Il dit que le Christ avait demandé une table et qu’elle lui fut donnée. Selon lui, Dieu lui répondit ; je t’ai donné, ainsi qu’aux tiens, une table incorruptible. Il dit encore l’Écrit de La Vache et d’autres paroles risibles, que je crois devoir passer sous silence, à cause de leur nombre.

Il leur a prescrit, ainsi qu’à leurs femmes, de se faire circoncire. Il a ordonné de ne pas observer le sabbat et de ne pas se faire baptiser, concédant de manger certaines nourritures interdites par la Loi, mais de s’abstenir des autres. Il a aussi interdit absolument de boire du vin." [19].


Notre commentaire: avec Jean de Damas nous avons beaucoup plus d’information sachant qu’il est né en 675 sous le règne de Muawiya Ier (602 - 680 EC), le fils de l'ennemi juré du Prophète, Abu Sufyan. Muawiya aurait recruté Jean de Damas à la cour califal.

De même c’était l’époque d’Ali ibn abi Talib (600 – 661 EC), cousin du Prophète et troisième Calife.

Les parents de jean de Damas ayant été témoins directs de l'arrivée des musulmans en Syrie, une seule génération le sépare de Muhammad, ce qui explique ses connaissances plus précises sur la religion prônée par Muhammad dans ses grandes dont certains éléments du débat sur la nature du Christ et du Saint Esprit, le mode de la révélation selon un ange ou pendant le sommeil, le nom de quelques sourates du Coran, quelques prescriptions comme l'interdiction de certains aliments et boissons, la circoncision sans pour autant respecter le Sabbat ( ce qui exclut le caractère purement juif de cette " hérésie " selon Damascène.


Remarque: tous ces détails ont conduit certains hypercritiques à douter de l'authenticité du témoignage de Jean de DAMAS en disant qu'il ne peut être qu'un faux tardif, pourquoi ? 


Réponse : Parce que les révisionnistes en question s'inscrivent dans un nouveau paradigme qui considère que le Coran et l'islam sont de construction tardive et comme Jean Damascène avait l'air d'évoquer tous les éléments d'une religion déjà constituée ceci conduit à douter du témoignage.


Un historien professionnel qui va appliquer le critère d'embarras (entre autre), ne verrait pas pourquoi le faussaire musulman évoquerait des questions péjoratives comme celles citées par Damascène,  ce dernier écrivait en bon polémique chrétien, mentionnant la polygamie et même le mariage de Muhammad avec l'ex femme de son fils adoptif Zyad. 


Après l'on peut tergiverser et dire que le faussaire était tellement doué qu'il a pris sur lui pour inclure ses éléments non favorables à sa propre religion ! mais là on quitte la démarche historique pour rentrer dans le domaine du roman historique à la Da Vinci Code :) 


Conclusion provisoire d'après l'échantillon étudié


L'analyse de ce genre de témoignage historique requiert la plus grande prudence d'autant plus qu'ils sont écrits par des chrétiens sur un fond polémique, toutefois le caractère relativement indépendant de ces récits permet d'écarter leur fabrication et l'on peut penser qu'ils reposent sur un noyau historique.


Il est est clairement question d'un Prophète nommé MHMT/MHMD, qualifié par ces chroniqueurs chrétiens de "faux prophète" car il est venu avec les armes, il serait apparu parmi les Sarrasins/Sarracènes qui sont qualifiés de fils d’Ismaël, autrement dit les fils d'Agar (Hager en arabe) d'où Agarènes/Hagarènes. 


L'autre qualificatif donné au peuple de Muhammad est "Tayyayés" qui sont souvent étiquetés par les historiens comme les Arabes, sauf Guillaume Dye(cf.vidéo ci-dessous) qui émit des doutes même sur la constitution de l'identité arabe même au 7ème , nous trouvons ça exagéré sachant que l'identité arabe est connue dans la Bible dans le Livre de Jérémie qui évoque les Rois d'Arabie, même Hérode le grand est issu du mariage d'Antipater avec une princesse arabe mais passant. De notre point de vue, il s'agirait plutôt des Arabes Lakhmides d'al-Hira nous y reviendrons dans un travail à part.


Ce Prophète aurait été bien vu par les juifs car "il avait annoncé l'arrivée imminente du Messie (libérateur) tant attendu. Il aurait été suivi par une dizaine de notables parmi eux qui sont restés avec lui jusqu'à sa mort en 632 EC. Il est également question d'une véritable coalition judéo-arabe sans doute après validation par les notables juifs en question. Sébéos parle même de la constitution d'une armée libératrice qui a mené une guerre contre les troupes d'Héraclius pour libérer la terre bénie, celle laissée en héritage par Abraham.


Au vue de ces témoignages exogènes,  la date du décès présumée du Prophète rapportée par la tradition pourrait être postérieur à 634.

En effet les témoignages en question suggèrent que Muhammad était encore à la tête des conquérants d'Ilya Capitolina (Jérusalem). 

Bien entendu, l'on peut aussi maintenir la date retenue par la tradition (632) et interpréter les récits des chroniqueurs chrétien en stipulant qu'ils se référaient au leader historique des conquérants à titre post-mortem ou qu'ils n'avaient encore eu connaissance de sa mort.


* * *


La liste de témoignages externes abordant un aspect ou autre de l’islam primitif est tellement longue que cela a nécessité la publication d’une grande somme que nous nous pouvons reproduire ici. Nous donnons néanmoins une liste à titre indicatif avec deux références où l’on peut vérifier les détails les concernant.

Ci-après; la liste établi par Robert G. Hoyland in "Seeing Islam as Others Saw It": A Survey and Evaluation of Christian, Jewish and Zoroastrian Writings on Early Islam


  1. Doctrina Jacobi (July 634)
  2. Sophronius, Patriarch of Jerusalem (d. ca. 639)
  3. Fragment on the Arab Conquests (post-636)
  4. Maximus the Confessor (d. 662)
  5. Thomas the Presbyter (wr. ca. 640)
  1. Homily on the Child Saints of Babylon (640s?)
  2. John, Bishop of Nikiu (640s or 690s)
  3. Coptic Apocalypse of Pseudo-Shenute (644?)
  4. Pope Martin I (649-655)
  5. Isho'yahb III of Adiabene (d. 659)
  6. Fredegar, a Frankish Chronicler (wr. 650s)
  7. Trophies of Damascus (probably 661, possibly 681)
  8. Sebeos, Bishop of the Bagratunis (wr. 660s)
  9. A Chronicler of Khuzistan (wr. ca. 660s)
  10. The Synod of 676
  11. Arculf, a Pilgrim (fl. 670s)
  12. George of Resh'aina (d. ca. 680)
  13. Athanasius of Balad, Patriarch of Antioch (683-687)
  14. John bar Penkaye (wr. 687)
  15. Anti-Jewish Polemicists (ca. 640-697)
  16. The Secrets of Rabbi Simon ben Yohai (post-680?)
  17. Syriac Apocalypse of Pseudo-Ephraem (post-692?)
  18. Syriac Apocalypse of Pseudo-Methodius (690s)
  19. Anastasius of Sinai (d. ca. 700)
  20. Hnanisho' the Exegete (d. 700)
  21. Ad Annum 705 (October 705)
  22. Jacob of Edessa (d. 708)
  23. Coptic Apocalpyse of Pseudo-Athanasius (ca. 715)
  24. Greek Daniel, First Vision (716-717)
  25. The Vision of Enoch the Just (717)
  26. Greek Interpolation of the Syriac Apocalypse of Pseudo-Methodius (ca. 720)
  27. Patriarch Germanus (715-730)
  28. Willibald (fl. 720s) and Other Pilgrims
  29. John of Damascus (wr. 730s)
  30. A Monk of Beth Hale and an Arab Notable (post-717)
  31. A Maronite Chronicler (8th century)
  32. Isho'bokht, Metropolitan of Fars (ca. 730-780)
  33. Stephen of Alexandria (775-785)
  34. Theophilus of Edessa (d. 785)
  35. T'ung tien (published 801)
  36. Life of Gabriel of Qartmin (d. 648, wr. 9th century)
  37. Benjamin I, Patriarch of Alexandria (d. 665, wr. 9th century)
  38. Bundahishn (redacted 9th century, original possibly late 7th century)

Référence  

http://www.christianorigins.com/islamrefs.html


[1] W. Wright, Catalogue Of Syriac Manuscripts In The British Museum Acquired Since The Year 1838, 1870, Part I, Printed by order of the Trustees: London, No. XCIV, pp. 65-66. This book has been recently republished in 2002 by Gorgias Press.

[2] Théodore Nöldeke, "Zur Geschichte Der Araber Im 1, Jahrh. d.H. Aus Syrischen Quellen", Zeitschrift Der Deutschen Morgenländischen Gesellschaft, 1876, Volume 29, p. 76.

VIDÉO  EN RAPPORT 

MUHAMMAD ET LE DÔME DU ROCHER

MUHAMMAD SUR LES PIECES DE MONNAIE

Nous exposons ci-dessous un échantillon de pièces de monnaie avec la mention de Muhammad Rassul Allah associé à différents motifs pré-existants (Sassanides, Chrétiens, Juifs ou neutres avec des animaux) dans le but de nuancer les travaux de certains courants hypercritiques[R] qui essaient d'exploiter la numismatique pour échafauder toute sorte de théorie sur les origines de l'islam. Bien entendu, il faudrait trouver une explication qui peut concilier toutes ses représentations, la thèse de Fred Donner nous parait la plus adaptée, celle d'un monothéisme primitif non déterminé ou selon notre interprétation d'un mouvement monothéiste volontairement pluriel sur le plan confessionnel mais unifié par un projet territorial qui permet la stabilité de l'Empire naissant (nous préparons un article qui reprend la chronologie de l'arabisation des pièces perses et byzantines).


[R] Je fais allusion notamment à la théorie de Volker Popp et Karle Ohlig qui affirment que les Mu'awia et les premiers Umayyades étaient chrétiens sur la base du dossier numismatique mais au final les auteurs n'arrivaient pas à terminer de quelle faction faisait partie Mu'awia en raison de la multiciplicité des symboles sur les pièces de monnaie, comme le souligne le Dr Marci Grodzki  dans un article apparu à studia Orientalia ": [...] Muʿawiya (602-680), qui - selon la théorie de l'Institut Inarah - était chrétien. Popp (2007b : 60-63) écrit qu'il est difficile de déterminer quelle faction du christianisme avait la faveur de Muʿawiya . Cependant, comme les textes chrétiens du VIIe siècle (syriaques d'Orient et d'Occident) le louent, il a dû être tolérant, se tenant à l'écart des disputes théologiques. Il en va de même pour ses gouverneurs locaux[...]. Autrement dit qu'il était fédérateur.


NB: parmi les pièces ci-dessous, nous possédons dans notre collection personnelle, celle qui contient l'éléphant, l'oiseau et le Ménorah à 5 branche